Lightning striking the summit of a sharp mountain under dark storm clouds

LES MARUTS ET LE DÉRÈGLEMENT CLIMATIQUE

Quand on lit les hymnes aux Maruts dans le Rig Veda — et ils sont nombreux, des dizaines dispersés dans tous les mandalas, avec cinq hymnes consécutifs dans le seul mandala 5 — on ne peut s’empêcher de penser à ce que nous vivons aujourd’hui. Les tempêtes qui secouent les montagnes. Les eaux qui tourbillonnent. Les arbres qui se courbent de peur. La terre qui tremble. Les incendies suivis de déluge.

Les Maruts décrivent, avec une précision qui donne le vertige, les phénomènes climatiques extrêmes que le dérèglement climatique contemporain multiplie. Ce n’est pas une coïncidence — c’est une observation ancienne d’une réalité permanente, exprimée dans le langage de la spiritualité védique.

La troupe qui secoue les montagnes

Dans la série d’hymnes du mandala 5, composés par le rishi Śyāvāśva Ātreya, les Maruts sont décrits dans toute leur violence atmosphérique :

5.54.3 — Les Maruts, les hommes impétueux comme le vent, ont secoué les montagnes avec ce qui est brillant par sa Lumière et avec les flèches en pierre. Désirant de l’eau, en un instant, ils sont couverts de grêle avec un assaut rugissant, violent et très puissant.

5.54.8 — Les Maruts ont des chars traînés par des Chevaux comme des hommes conquérant des villages. Ils ont des outres hospitalières. Ils gonflent les nuages. Quand les puissants brillent, ils inondent la Terre avec les plantes douces.

5.54.9 — Cette Terre est en pente douce pour les Maruts. Le Ciel devient en pente douce pour les actifs. Les chemins de l’espace intermédiaire sont en pente douce. Douce est la pente des montagnes qui coulent abondamment.

Ce qui frappe dans ces vers, c’est la précision météorologique : la grêle, les nuages gonflés, les inondations, les montagnes qui « coulent abondamment » — c’est-à-dire les glissements de terrain déclenchés par des pluies torrentielles. Le rishi décrit des phénomènes qu’il a observés, qu’il a vécus, qu’il a craint et invoqués.

Et dans l’hymne 5.55 :

5.55.5 — Vous soulevez la pluie de l’océan, Ô Maruts, vous faites pleuvoir sur la Terre habitée. Vos Vaches ne sont pas épuisées, Ô Vous qui faites des actes merveilleux.

5.55.7 — Ni les montagnes, ni les rivières ne vous ont gênés. Où avez-vous placé votre observation, Ô Maruts ? Et vous circulez autour de la Terre.

Les Maruts « circulent autour de la Terre » — une image remarquable pour décrire les systèmes de circulation atmosphérique globale qui transportent l’humidité des océans vers les continents, alimentant les moussons, les cyclones, les tempêtes.

La violence au service de la fécondité

Ce qui est essentiel dans la vision védique des Maruts, c’est leur double nature : violence et fécondité sont inséparables. La tempête qui détruit est aussi la tempête qui irrigue.

5.58.7 — Même la Terre s’est étendue pendant leur voyage. Comme un mari le fait pour un embryon, ils ont implanté leurs propres forces. Oui, ils ont attelé les vents comme des Chevaux sous le joug, ils ont transformé leur sueur en pluie, les fils de Rudra.

5.57.4 — Les Maruts, impétueux, sont comme le vent, habillés de pluie, tous semblables en apparence comme des jumeaux, bien mis, ayant des Chevaux fauves et des Chevaux bais, sans tache, vigoureux, vastes comme le Ciel par leur grandeur.

Les Maruts « habillés de pluie » — la tempête et la pluie sont une seule entité. La violence des vents et la fertilité des eaux sont les deux faces d’une même force cosmique. On ne peut pas avoir l’une sans l’autre.

Et dans l’hymne 5.59 :

5.59.5 — Comme des Chevaux rougeâtres, ils sont ensemble, ils s’exposent et sont engagés dans un combat. Comme des mortels ayant prospéré, ils prospèrent. Avec les pluies, ils altèrent l’œil du Soleil.

« Ils altèrent l’œil du Soleil » — les nuages d’orage qui obscurcissent le ciel en pleine journée. L’obscurité soudaine de la tempête, qui précède la pluie libératrice.

Ce que le dérèglement climatique fait aux Maruts

Dans la vision védique, les Maruts sont une force équilibrée — violente mais cyclique, destructrice mais régénératrice. Ils secouent, mais ils fertilisent. Ils inondent, mais ils nourrissent. Leur violence est au service d’un cycle.

Le dérèglement climatique contemporain rompt précisément cet équilibre cyclique. Ce ne sont plus des Maruts qui fertilisent la Terre avec mesure — ce sont des Maruts déréglés, dont la violence n’est plus contrebalancée par la fertilité. Des sécheresses prolongées suivies de pluies torrentielles qui emportent des sols déjà fragilisés. Des tempêtes dont l’intensité dépasse ce que les écosystèmes peuvent absorber. Des moussons qui arrivent trop tôt ou trop tard, trop violentes ou trop absentes.

Dans l’hymne 5.54.12 :

5.54.12 — Le Ciel noble, a une splendeur insoumise, Ô Maruts, secouez le figuier sacré. Ils se sont regroupés quand ils se sont agités violemment. Ceux qui sont unis à la vérité ont poussé un hurlement.

« Ceux qui sont unis à la vérité ont poussé un hurlement » — dans le contexte du dérèglement climatique, c’est peut-être l’image la plus juste de ce que les climatologues, les écologistes, les peuples autochtones font depuis des décennies : hurler une vérité que le monde refuse d’entendre.

La dimension intérieure : les Maruts comme forces psychiques

Fidèle à la double lecture védique, les Maruts ne sont pas seulement des phénomènes atmosphériques. Ce sont aussi, dans la spiritualité védique, des forces intérieures — ce que j’appelle dans La Civilisation des 7 Rivières les forces de l’énergie, de la puissance de volonté et de la force vitale.

Le dérèglement climatique est aussi un dérèglement intérieur. L’Ego démesuré — individuel, collectif, civilisationnel — qui consomme sans mesure, qui accumule sans limites, qui exploite sans ménagement, est la cause profonde du déséquilibre atmosphérique. Les Maruts déréglés à l’extérieur reflètent les Maruts déréglés à l’intérieur.

Dans l’hymne 5.54.15 :

5.54.15 — Pour ces richesses, je vous demande une aide immédiate par laquelle nous étendrons le Ciel sur les hommes. Prenez du plaisir, Ô Maruts, à cette parole par la force de laquelle nous pouvons traverser cent hivers.

« Traverser cent hivers » — survivre au temps long, à travers les cycles climatiques, grâce à la force de la parole juste et de l’action alignée avec la Vérité. C’est ce que les rishis demandaient aux Maruts. C’est ce que nous devrions demander à nous-mêmes.


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