Dans le Rig Veda, le soma n’est pas un symbole, ni une métaphore spirituelle abstraite. C’est une plante. Une plante enthéogène. Et ce qui me distingue d’une grande partie des chercheurs et traducteurs, c’est que j’identifie cette plante comme étant très probablement un psilocybe cubensis — un champignon dont la molécule active est une tryptamine, exactement comme les descriptions védiques l’indiquent. Sa propriété principale n’est pas d’exalter l’ego du guerrier ni de glorifier la puissance : c’est de dissoudre l’ego, d’ouvrir à l’expérience mystique, et de faire disparaître l’agressivité.
Le neuvième Mandala du Rig Veda lui est entièrement consacré. Ce n’est pas un détail.
Dans les hymnes qui décrivent la préparation du soma, je ne trouve que des fibres — des filaments fins, longs, qui se lavent, se pressent, se filtrent. Aucune fleur. Aucune graine. Aucune feuille. Ce sont des fibres végétales ou fongiques. Quand le psilocybe cubensis est séché, il devient très fin, très long. Albert Hofmann lui-même, dans ses recherches, a établi qu’une dose de cinq grammes peut contenir jusqu’à quarante-deux champignons séchés réduits à l’état de fibres. Ce sont ces fibres que les textes védiques appellent amshu — et elles correspondent précisément à ce que l’on voit dans les descriptions du pressage rituel du soma.
La molécule du psilocybe est une tryptamine. La dimethyltryptamine — la DMT — est la forme la plus connue de cette famille chimique. Et c’est précisément la famille des tryptamines que j’identifie dans les effets décrits par les hymnes. Stanislav Grof, dans ses recherches sur les états non ordinaires de conscience, a documenté avec le LSD — une autre molécule de cette famille — ce que les Védiques avaient observé avec leur soma : une dissolution temporaire du sens du soi, une ouverture à une dimension lumineuse, une fraternité ressentie avec l’ensemble du vivant.
L’hymne RV 8.48.3 dit : « Nous avons bu le soma. Nous sommes devenus immortels. Nous sommes entrés dans la Lumière, nous y avons trouvé les dieux. » Je ne lis pas cela comme une formule poétique. Je le lis comme le compte rendu d’une expérience vécue — une expérience psychédélique authentique, traduite dans le langage du sacré de l’époque.
Ce que les chercheurs en neurosciences contemporains appellent « réduction de l’ego » ou ego dissolution — cette diminution temporaire du sens de soi, cette ouverture à une conscience plus vaste — c’est exactement ce que décrivent les rishis dans leurs hymnes au soma. La disparition de l’agressivité. Le sentiment de fraternité. L’expérience mystique directe. Tout cela n’est pas une interprétation : c’est ce que dit le texte, et c’est ce que confirme la pharmacologie des tryptamines.
À mon sens, c’est ici que réside la clef pour comprendre pourquoi la civilisation védique — celle des Sept Rivières, avant les bouleversements du II millénaire — n’a laissé aucune trace de violence organisée dans son archéologie. Les dirigeants pratiquaient le sacrifice avec consommation de soma. Ils dissolvaient leur ego. Sans ego gonflé, sans désir de domination, sans agressivité : pas de guerre. Pas de fortifications. Pas d’arsenal.
Quand les tryptamines ont disparu — quand le soma a été perdu, oublié, remplacé par des substituts inactifs ou par l’éphédra, qui lui appartient à la famille des amphétamines et entretient la dualité plutôt que de la dissoudre — la spiritualité a commencé à se transformer en religion. Et avec elle sont revenus les égos, la hiérarchie, la violence, la cupidité. Ce n’est pas un jugement moral : c’est une observation que je tire directement de la lecture des textes et de la compréhension de leur contexte pharmacologique.
Le soma n’était pas une boisson anodine accompagnant un rituel. Il était le rituel. Et sa propriété centrale — dissoudre l’ego — était la condition même d’une civilisation pacifique.
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