
Les preuves archéologiques reliant le Rig Veda et le Sapta Sindhu
1. Le cadre géographique : Sapta Sindhu et vallée de l’Indus-Sarasvatî
Le Rig Veda situe son monde dans une région appelée Sapta Sindhu — « le pays des sept rivières ».
Les hymnes mentionnent explicitement :
- la Sindhu (Indus),
- la Sarasvatî,
- la Yamunâ,
- la Sutlej (Shutudri),
- la Vipâsha (Beas),
- la Parushnî (Ravi).
Or, cette description correspond précisément à la région occupée par la civilisation dite de l’Indus, ou plus exactement Indus-Sarasvatî, entre 3500 et 1900 av. J.-C.
Des sites majeurs comme :
- Rakhigarhi
- Kalibangan
- Harappa
- Mohenjo-daro
se trouvent précisément dans cette zone fluviale.
La correspondance géographique n’est pas vague : elle est précise et cohérente.
2. La Sarasvatî : fleuve central du Rig Veda
Dans le Rig Veda, la Sarasvatî est décrite comme :
- puissante,
- large,
- coulant « de la montagne à la mer ».
Or les recherches géologiques modernes ont identifié l’ancien lit d’un grand fleuve aujourd’hui asséché : le Ghaggar-Hakra.
Les travaux de chercheurs comme Michel Danino ont montré que :
- Ce fleuve était actif durant le IIIe millénaire av. J.-C.
- Il s’est progressivement asséché à la suite de modifications tectoniques qui ont détourné la Yamuna et la Sutlej.
Or, plus de 60 % des sites archéologiques de la civilisation de l’Indus se situent le long de ce fleuve disparu.
Cela correspond exactement à la centralité de la Sarasvatî dans le Rig Veda.
3. L’absence de traces d’invasion
Pendant longtemps, l’hypothèse dominante parlait d’une « invasion aryenne » vers 1500 av. J.-C.
Aujourd’hui :
- aucune couche de destruction massive n’a été trouvée,
- aucune rupture culturelle brutale n’est visible,
- aucune trace archéologique d’une invasion militaire à grande échelle n’a été mise au jour.
Au contraire, les données montrent :
- une continuité culturelle,
- une transformation progressive,
- un déclin lié au climat et à l’assèchement des fleuves.
Cela affaiblit fortement le modèle invasionniste et renforce l’idée d’une continité interne.
4. Les pratiques rituelles et le feu
À Kalibangan, des structures interprétées comme des autels du feu ont été découvertes.
Le Rig Veda place Agni, le feu sacré, au centre de tous les rituels.
La présence :
- d’autels,
- de plateformes rituelles,
- de structures alignées,
correspond à une culture du feu rituel.
Par ailleurs, le taureau — animal central dans les hymnes — est omniprésent dans l’iconographie harappéenne.
Il ne s’agit pas d’une preuve définitive, mais d’un faisceau d’indices cohérents.
5. L’environnement décrit dans les hymnes
Le Rig Veda décrit :
- une société pastorale et agricole,
- des chars,
- des rivières larges,
- des plaines fertiles,
- l’absence d’environnement désertique dominant.
Or :
- le désert du Thar n’était pas aussi aride à l’époque,
- la région du Sapta Sindhu était verdoyante,
- l’agriculture y était florissante.
La description védique correspond à l’environnement du IIIe millénaire, pas à une arrivée tardive dans un paysage déjà transformé.
6. La question du cheval
Le cheval est souvent présenté comme l’argument majeur en faveur d’une arrivée extérieure.
Or :
- des restes équins ont été retrouvés sur certains sites,
- le cheval n’était peut-être pas dominant mais présent,
- les représentations sont rares, mais pas inexistantes.
Le débat reste ouvert, mais l’argument n’est plus aussi tranché qu’au XXe siècle.
7. Conclusion : convergence, pas preuve unique
Il n’existe pas une « preuve unique » reliant directement le Rig Veda et la civilisation du Sapta Sindhu.
Mais il existe :
- Une correspondance géographique précise.
- Une cohérence environnementale.
- Une centralité commune de la Sarasvatî.
- Des indices rituels (feu, autels).
- L’absence d’invasion archéologiquement visible.
Nous sommes face à une convergence d’indices.
la question n’est plus : « Y a-t-il un lien ? » Mais plutôt :
« Pourquoi a-t-on si longtemps refusé de voir cette continuité ? »
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