Le Soma dans le Mandala 9 : purification et lumière

Le Mandala 9 du Rig Veda occupe une place unique dans l’ensemble du corpus védique. Contrairement aux autres mandalas, qui invoquent de multiples divinités — Indra, Agni, Varuna, Ushas — celui-ci est entièrement consacré à une seule réalité : Soma.

Ce fait est exceptionnel.

Sur 1 028 hymnes que compte le Rig Veda, les 114 hymnes du neuvième mandala sont exclusivement dédiés au Soma. Ce n’est pas un simple dieu parmi d’autres. C’est une force centrale. Une substance. Une expérience. Un principe cosmique.

Dans la perspective de la civilisation des 7 rivières (Sapta Sindhu), Soma apparaît comme le véritable ciment spirituel et social.


1. Un mandala à part

Le neuvième mandala est souvent appelé Pavamāna Mandala — le Mandala du Soma purifié.

Le mot sanskrit pavamāna signifie « celui qui se purifie », « celui qui s’écoule en se clarifiant ». Cette purification n’est pas seulement matérielle. Elle est symbolique, intérieure, cosmique.

Dans ces hymnes, Soma est :

  • pressé,
  • filtré,
  • versé,
  • purifié à travers un tamis de laine,
  • mélangé,
  • puis offert.

Mais derrière la description rituelle, se dessine une métaphore de la conscience.


2. La purification : un processus intérieur

Le Soma est décrit comme coulant en ruisseaux lumineux, traversant le filtre, brillant comme l’or, montant vers les dieux.

Cette purification évoque un double mouvement :

  1. Une purification physique (le jus extrait de la plante).
  2. Une purification psychique : l’élimination des impuretés mentales.

Dans plusieurs hymnes, Soma est appelé :

  • « purificateur des pensées »
  • « celui qui éclaire l’esprit »
  • « générateur d’illumination »

Il ne s’agit pas seulement d’une boisson rituelle. Il s’agit d’un processus de clarification intérieure.

La lumière revient constamment : Soma brille, illumine, chasse les ténèbres. Le passage à travers le filtre devient image du passage de l’obscurité à la clarté.


3. Soma et lumière

Dans le Mandala 9, Soma est associé à la lumière céleste.

Il est comparé :

  • au soleil,
  • à l’éclair,
  • à l’aurore.

Il « ouvre la voie », « élargit l’espace », « donne la vision ».

La lumière dont il est question n’est pas seulement solaire. Elle est cognitive.

Elle concerne la vision intérieure.

Soma est ce qui permet de voir autrement. Il élargit le champ de perception. Il donne accès à une réalité plus vaste que l’expérience ordinaire.


4. Soma, lien entre humains et dieux

Soma circule entre les mondes.

Il est pressé par les hommes.
Il est bu par les dieux.
Il renforce Indra.
Il soutient l’ordre cosmique (ṛta).

Il est donc médiateur.

Dans la civilisation des 7 rivières, où aucune trace d’armée permanente ou de palais impérial n’a été trouvée, la cohésion semble avoir reposé sur autre chose que la domination politique.

Soma pourrait avoir été un élément central de cette cohésion.

Une expérience partagée.
Un état de conscience collectif.
Un rite commun unifiant la société.

Il devient ainsi le ciment invisible d’une civilisation.


5. Une expérience et non un dogme

Le Mandala 9 ne propose pas une théologie abstraite.

Il décrit un processus vécu.

Soma coule.
Soma brille.
Soma élargit.
Soma purifie.

La répétition des images suggère une expérience répétée, intégrée dans la culture.

Il ne s’agit pas d’une croyance imposée, mais d’une pratique.

C’est peut-être cela qui explique l’unité du mandala : Soma n’est pas une fonction parmi d’autres. Il est le centre.


Conclusion

Le Mandala 9 est un texte d’une intensité rare.

Il ne parle ni de guerre, ni de conquête, ni d’organisation sociale. Il parle d’écoulement, de purification, de lumière.

Soma y apparaît comme :

  • substance sacrée,
  • principe cosmique,
  • médiateur,lumière intérieure,
  • et facteur d’unité civilisationnelle.
  • Dans cette perspective, Soma n’est pas seulement un dieu.
  • Il est le lien.
  • Le passage.
  • La clarification.
  • La lumière.

Commentaires

Laisser un commentaire