Le mystère de l’origine dans le Nāsadīya Sūkta et autres hymnes

Les hymnes cosmogoniques du Rig Veda interrogent l’origine du monde avec une profondeur étonnante. Contrairement à de nombreuses traditions anciennes, ils ne proposent pas un récit dogmatique et fermé. Ils explorent. Ils questionnent. Ils doutent.
Parmi eux, le plus célèbre est le Nāsadīya Sūkta (Rig Veda 10.129), souvent appelé « Hymne de la non-existence ».
Cet hymne débute par une affirmation saisissante :
« Alors, il n’y avait ni être (sat), ni non-être (asat). »
Il n’y avait ni ciel, ni espace, ni mort, ni immortalité.
Rien de ce que nous appelons aujourd’hui réalité n’existait encore.
Une pensée radicale
Le texte ne décrit pas un dieu façonnant le monde comme un artisan.
Il décrit un état indifférencié, au-delà des catégories.
Un principe unique apparaît ensuite :
« Cela Un (tad ekam) respirait sans souffle, par sa propre puissance. »
Cette formulation suggère un principe antérieur aux dieux eux-mêmes.
Les dieux, dit le texte, sont venus après la création.
Le doute final
La conclusion est extraordinaire :
« Celui qui est au plus haut ciel le sait peut-être…
ou peut-être ne le sait-il pas. »
Aucune certitude imposée.
Aucun dogme.
Nous sommes ici face à l’une des premières expressions connues du doute métaphysique dans l’histoire humaine.
2. L’Hymne à l’Homme cosmique (Purusha Sūkta, RV 10.90)
Autre hymne fondamental : le Purusha Sūkta.
Il décrit un Être cosmique primordial, le Purusha, dont le sacrifice engendre l’univers.
De son esprit naît la lune.
De son œil naît le soleil.
De son souffle naît le vent.
De son corps naît la société humaine.
Ce texte relie cosmologie et ordre social.
L’univers n’est pas un accident : il est un organisme.
3. L’Hymne à Hiraṇyagarbha (RV 10.121)
Cet hymne évoque le « Germe d’or » (Hiraṇyagarbha), principe lumineux flottant sur les eaux primordiales.
Il est appelé :
« Le seigneur de ce qui existe. »
Ici, la création n’est pas décrite comme un chaos, mais comme une gestation.
Le monde naît comme un embryon cosmique.
4. Une cosmogonie non dogmatique
Ce qui distingue les hymnes cosmogoniques védiques :
- Absence de récit unique imposé
- Multiplicité des approches
- Questionnement philosophique
- Antériorité d’un principe abstrait aux dieux
On trouve :
- une vision métaphysique (Nāsadīya),
- une vision sacrificielle (Purusha),
- une vision embryonnaire (Hiraṇyagarbha).
Ces textes ne cherchent pas à convaincre.
Ils cherchent à comprendre.
5. Une modernité surprenante
Le Nāsadīya Sūkta pose des questions qui résonnent encore aujourd’hui :
- Qu’y avait-il avant l’existence ?
- L’origine est-elle connaissable ?
- Même le principe suprême sait-il ?
Ce questionnement rejoint, d’une manière poétique, les interrogations contemporaines sur le Big Bang et l’origine du temps.
Conclusion
Les hymnes cosmogoniques du Rig Veda ne sont pas de simples récits religieux.
Ils constituent une méditation sur l’origine, le mystère et la limite de la connaissance.
Ils montrent que, dès l’aube de la tradition védique, la pensée humaine osait affronter l’inconnaissable — sans le réduire.
Et c’est peut-être cela, leur grandeur.
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