Vāyu, souffle vital ?

Dans le Rig Veda, Vāyu est le vent. Mais il n’est pas seulement un phénomène météorologique. Il est mouvement, respiration, énergie invisible qui traverse le monde. Son nom vient de la racine sanskrite “vā”, souffler. Vāyu est donc celui qui souffle, celui qui met en mouvement.

Dans les hymnes védiques, Vāyu est souvent invoqué avec Indra. Il est le premier à recevoir le soma, ou du moins l’un des premiers. Ce détail n’est pas anodin. Le souffle et la conscience sont liés. Le vent extérieur et le souffle intérieur ne sont pas séparés. Ce que les rishis décrivent à l’échelle cosmique existe aussi à l’échelle humaine.

Vāyu circule entre le ciel et la terre. Il remplit l’espace intermédiaire, l’atmosphère. Il est invisible, mais ses effets sont visibles. Il fait plier les arbres, soulève la poussière, annonce l’orage. Il est à la fois doux et violent. Comme le souffle humain, il peut être calme ou agité.

Dans la perspective védique, le monde n’est pas un mécanisme inerte. Il est vivant. Il respire. Le vent qui traverse les plaines du Sapta Sindhu n’est pas seulement de l’air en mouvement. Il est l’expression d’une force vitale. Vāyu est cette force.

Plus tard, dans les Upanishads, cette intuition prendra une forme plus intérieure avec la notion de prāṇa. Le prāṇa est le souffle vital qui anime les êtres. Mais cette idée est déjà en germe dans le Rig Veda. Lorsque Vāyu est invoqué, ce n’est pas seulement pour qu’il apporte la fraîcheur ou chasse les nuages. Il est reconnu comme porteur de vie.

Le souffle est ce qui marque la frontière entre la vie et la mort. Un être vivant respire. Un être mort ne respire plus. Cette évidence biologique devient, chez les poètes védiques, une vérité cosmique. Le monde lui-même respire à travers Vāyu.

Il y a aussi une dimension spirituelle. Le souffle relie l’intérieur et l’extérieur. En respirant, nous absorbons le monde. En expirant, nous nous rendons au monde. Vāyu est ce lien permanent entre l’individu et le cosmos. Il traverse tout, sans appartenir à personne.

Dans la civilisation des 7 rivières, associée au Rig Veda, le rapport à la nature était direct. Le vent n’était pas une abstraction scientifique. Il était vécu. Il était senti sur la peau, entendu dans les arbres, vu dans les tempêtes de poussière. Donner un nom divin au vent, ce n’était pas faire de la poésie gratuite. C’était reconnaître que la vie dépend d’un équilibre fragile, d’un souffle.

Vāyu, souffle vital, n’est donc pas seulement un dieu du vent. Il est le principe du mouvement et de la respiration universelle. Il rappelle que la vie est circulation, échange, rythme. Sans souffle, tout se fige. Avec le souffle, tout devient possible.


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